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Faut-il qu'on me rebranche ?

Faut-il qu'on me branche pour qu'un sourire illumine mon visage ? Qu'on me débranche pour qu'expire dans mes yeux cet air triste ? On! voici que je souris... Off ! voici que je pleure...  Ma vie ne tient-elle qu'à un fil conducteur de couleur ?  On ! survolté... Off ! déconnecté... Mais comment savoir si je virevolte ?  En basse tension, en haute saison ? Off ! Privé de courant...  En haute tension, en basse saison ??  On ! Raccordé au réseau...  Je n'ai pas prise sur moi !  Coupure de courant en attendant  Que revienne le vent? Faut-il qu'on me rebranche vraiment  Aux horloges du temps Que cesse ce clignotement incessant  Entre le jour et la nuit? HAMBOURG, le 25 août 2021

Le masque

 Alors que beaucoup attendent sa fin après l'avoir tant espéré, le jugeant à jamais inutile, disgracieux, associal, bien vite rangé au rang des ennemis de la liberté individuelle qui s'affale désormais en terrasse des cafés, à l'ombre des parasols, serais-je le seul qui, malgré soi, je voudrais le croire, regrette déjà ce masque pandémique ? Il donnait, c'est vrai, des signes qui me parlent au-delà de l'obligation de le porter. Imaginez ce qu'il disait derrière le bleu ciel presqu'uniforme. Je te protège, tu me protéges, nous nous protégeons. Fraternité ! Solidarité !  Qu'en sera-t-il demain ?  Ils donnait à vos yeux une flamme en reflet de vos âmes, comme un petit air mystérieux, une douceur inconnue où j'aimais à me perdre. Il y a tant à lire dans les yeux qui disent tout haut, tout fort, ce que les lèvres taisent trop souvent de colère, de tendresse ou d'interrogation et de surprise ! Le regard ne ment pas: il scrute, fixé à vos yeux, dévisage...

L'autre...

Qui est donc l'Autre ? C'est selon vous dirais-je. Car l'Autre...  ...  C'est celui qui ne fait rien de bien comme vous, celui qui sait toujours tout sur tout, celui qui se croit toujours au-dessus de tout et qui se la joue... C'est celui qui ne tient pas ses promesses, vend son âme pour les honneurs, s'attribue le mérite des autres obstinément et s'en fout... L'Autre est tout ce qu'on ne veut pas être, tout bouffi de certitudes, engoncé dans son manteau de servitudes, tout ce qu'on ne peut pas être injustement, l'exemple à ne pas suivre surtout.. Comme il est laid et misérable, cet égoïste, ce menteur, ce bellâtre, ce bon à rien ! Comme on est heureux de ne pas être lui ! Merci Seigneur de m'avoir fait tel que je suis ! Mais l'Autre c'est aussi...  ... Celui qui m'a donné la vie, celui qui a fait de moi un frère, un ami, un fiancé. Celui qui m'a fait époux, père, compatriote et frère d'armes, et tant d'autres stat...

Le syndrome de l'escargot

 Et l'ami ! Il est temps de sortir de ta cabane maintenant et de profiter du retour des beaux jours! Ça y est, ils l'on dit: d.é.c.o.n.f.i.n.e.m.e.n.t ! Sors un peu de ta coquille, le monde t'attend ! À ces mots, ne se sentant plus de joie, l'escargot sort la tête. Il est tout heureux! Il peut enfin ouvrir les yeux et cesser de rêver à d'improbables plaisirs qui désormais lui tendent les bras, hors de sa cabane. La pauvre bête en bave de désirs à satisfaire. C'est que vous ne savez pas ce qu'il vient de vivre, enfermé dans sa coquille, son masque sur le nez, à regarder le temps s'écouler dehors, sans lui ! Et maintenant, voilà qu'il voit de sa fenêtre le renard et la belette danser en terrasse, visages au vent, humant l'air avec gourmandise à chaque pas. Le visage au vent !!  À cette vue, n'en pouvant plus, le voilà qui sort si vite qu'il se retrouve dehors tout nu ! Ni masque sur le nez, ni coquille sur le dos, sa cabane derrière lui. O ...

Le petit prince

 Allongé sur le sable, il ne bouge plus. Son visage paraît bien pâle sous le soleil qui frappe durement. A ses côtés, debouts, de longues silhouettes blanches jettent une ombre timide sur le corps étendu. Les meilleurs médecins du royaume sont réunis auprès de lui. Qui les a appelés, nul ne sait ! Mais ils sont là qui se pressent auprès du petit Prince, couché dessus le sol.  Inquiets, ils cherchent comment rendre un semblant de vie à ce petit être perdu qui ne sait plus très bien ce qu'il fait là, la face contre terre, à bout de souffle. Chacun tourne en silence les lourdes pages de son bréviaire, en vain. Pas une ombre d'explication sous ce soleil de plomb ! Mais un petit Prince qui, lui, n'est plus que l'ombre de lui-même alors que sa vie s'écoule grain à grain entre leurs mains. Rien n'y fait, le petit Prince s'étiole en silence sur le sable brûlant.  Il voudrait pouvoir le leur dire, mais rien ne vient ! Bon sang ! Qu'attendent-ils pour  lui dessine...

Fraternité

 À toi, mon amie, jadis réclamée à grands cris par une foule avide de liberté, accusant son roi de tous les  malheurs affreux qui sans fin la submergent, À toi, ma pauvre, rejetée sans vergogne par cette foule qui t'accuse de tant de maux pour un artifice disgracieux, antisocial, rangé si vite au placard des objets inutiles,  Derrière mon rideau de brumes éternelles aux carreaux de mes  verres, d'un souffle court, presque asthmatique, je voudrais dire à tous ceux qui s'agacent: Allons, mes amis, ne sommes pas tous tenus par notre devise qui énonce aux frontons de nos édifices ce mot magnifique qu'aucun de nous ne saurait juger si futile?  Fraternité, éternelle demoiselle effacée de nos cœurs, je te chéris en ces temps où les atours de ta sœur Liberté, en costume de fête s'installent en terrasse ! Qu'aucun jamais n'oublie  tout ce qui se cache de beau et de grand dans ces lettres, de renoncement, de partage, d'attention qui jamais n'outragent !  21 ma...

Au fil de soi

 Au fil de soi, on découvre parfois la face cachée d'un moi qu'on croyait connaître et qui tient plus du poisson rouge décrivant des cercles incessants derrière ses yeux globuleux, dans son bocal de verre. S'il semble chercher son chemin, sa ronde paraît bien incongrue, répétée à l'envi , de bulle en bulle sans variations. Le pauvre a tout d'une âme en peine, condamné à tourner sur lui-même sous les regards, affublé de son collibet ridicule. Danse, pauvre Bubule ! Danse !  Au fil de soi, on s'aperçoit qu'on est souvent nu comme un ver dans son cocon, solidement arrimé à son quant à soi. Bien accroché sur sa branche, le pauvre ignore encore le destin qui l'attend au palais des gourmands. Il file sereinement jusqu'à l'étuve. La pauvre chrysalide laisse sa maison en héritage à celui qui le tue ! File mon fils ! File ! La vie continue...  Au fil de soi les rencontres étonnent le marcheur qui voyage, persuadé d'être seul sur les   chemins escarpés...